La Guinée, après la mort de son Président Lansana Conté, a connu en décembre 2008 un coup d’Etat mené par Moussa Dadis Camara, chef de la junte guinéenne. Une fois arrivé au pouvoir, celui-ci a promis qu’au terme de la transition il ne chercherait pas à se porter candidat à l’élection présidentielle de janvier 2010. En septembre dernier, Dadis Camara a cependant décidé d’annoncer sa candidature.
Le 28 septembre 2009, à l’occasion de la journée de l’indépendance, des militants de l’opposition guinéenne ont réagi à cette annonce en organisant une manifestation dans un stade de Conakry, la capitale du pays, qui fut rapidement dispersée par des militaires qui auraient tiré sur la foule. Selon Thierno Maadjou Sow, Président de l’Organisation guinéenne des droits de l’homme (OGDH), cette répression militaire aurait donné lieu à « 157 morts et 1 253 blessés » ainsi qu’aux viols d’un grand nombre de femmes.
La communauté internationale a dans sa grande majorité condamné la junte militaire de Dadis Camara pour les crimes allégués, ce à quoi le chef de l’État a objecté qu’il ne contrôlait pas l’armée guinéenne.
Le 14 octobre 2009, le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a assuré que la situation en Guinée, et notamment la répression de la manifestation du 28 septembre 2009, faisait l’objet d’un examen préliminaire.
Selon Fatou Bensouda, Procureur adjoint de la CPI, le Bureau du Procureur disposerait d’éléments indiquant que des viols auraient été commis. « Des informations que nous avons reçues, des images que j’ai vues, il apparaît que des femmes ont été violées ou en tout cas brutalisées sur la pelouse du stade de Conakry, apparemment par des hommes en uniforme qui ont même utilisé leur arme » a-t-elle déclaré.
Aymeric Rogier, enquêteur à la CPI rappelle qu’à ce stade, l’examen de la situation en Guinée n’est pas encore au stade de l’enquête. « Il s’agit de la phase préalable au cours de laquelle nous recueillons, nous évaluons, nous analysons les informations, notamment pour déterminer si les abus qui ont été commis peuvent constituer des crimes relevant de la compétence de CPI,» explique-t-il.
La Guinée n’est pas la seule situation en phase d’examen préliminaire par le Bureau du Procureur (BdP). En plus des quatre situations actuellement en cours d’enquête par la CPI, le BdP analyserait des informations concernant au moins neuf situations sur quatre continents.
Il reste donc à voir si effectivement la CPI cherchera à poursuivre ou non les plus hauts responsables des crimes allégués et si la Guinée démontrera la volonté et la capacité de poursuivre les auteurs potentiels au niveau national. Selon la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), une ONG membre de la Coalition pour la Cour Pénale Internationale (CCPI), la CPI serait « la seule juridiction en mesure d’enquêter et de juger les crimes contre l’humanité commis en Guinée Conakry de façon récurrente face à des autorités et à des institutions judiciaires défaillantes. » Il est en tous cas essentiel que les responsables allégués répondent de leurs actes - que ce soit devant la CPI ou non.
Adélaïde Blot est étudiante en quatrième année en traduction à l’ISIT (Institut de Management et Communication interculturels) à Paris.


















