
© HRW
La société civile de la RDC attend obtenir du procès Lubanga une sentence qui respecte les garanties procédurales d’un procès équitable, ce qui aiderait véritablement la lutte contre l’impunité et permettrait de décourager tous les criminels qui, pendant longtemps et pour tel ou tel autre motif lié notamment aux positions qu’ils occupent, ont pensé être intouchables ou immunisés.
Pour nous qui travaillons dans la lutte contre l’impunité, ce procès est d’abord un encouragement pour la société civile qui plaide pour le respect des droits de l’homme, mais c’est surtout un soulagement pour les victimes que nous encadrons et pour nos organisations qui peuvent enfin dire que la justice internationale est en marche.
Pour la population congolaise, le procès Lubanga représentera un réconfort. En effet, avant ce procès, et parce que faible et ne sachant pas se défendre autrement, elle n’a jamais imaginé l’arrestation et la condamnation éventuelle des grands chefs des milices. Ainsi, elle se sentira beaucoup moins isolée dans la confrontation des problèmes qui sont les siens et trouvera un réconfort pour briser le silence en dénonçant désormais le mal pour que soient arrêtés et jugés les responsables.
Quant aux victimes, elles auront l’opportunité d’exposer leurs vues et préoccupations au cours de ce procès. La Cour devrait intensifier ses actions de sensibilisation surtout en rapport avec les droits et les garanties de sécurité des victimes à tous les stades de la procédure où elles peuvent intervenir. Il ne serait pas normal qu’un si grand travail se termine par des conférences de presse dans des bureaux à Kinshasa ou à La Haye.
La participation des victimes, qui peuvent témoigner devant la CPI si elles sont citées à comparaître en cette qualité, représente une chance énorme pour elles de dire ce qu’elles ont sur le cœur.
Nous estimons que bien que l’enrôlement d’enfants soldats continue et loin d’avoir une dimension simplement symbolique, le procès Lubanga aura un effet dissuasif. En effet, depuis l’arrestation de Thomas Lubanga, on constate une prise de conscience selon laquelle l’enrôlement des enfants est un crime contre l’humanité et que le moment venu, les autres chefs de guerre comme Nkunda répondront de leurs actes.
Il est vrai que pour dissuader complètement cette pratique, la Cour devrait lancer d’autre mandats pour des cas flagrants concernant les autres chefs des groupes armés qui enrôlent les enfants dans leurs mouvements.
Roger Muchuba Buhereko
Secrétaire exécutif de l’ONG congolaise Héritiers de la Justice à Bukavu en DRC et coordinateur adjoint de la Coalition nationale de RDC pour la CPI
4 Comments »