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23 avril 2009

Plaidoyer pour une défense de la justice par les Africains

Par In Situ

Le 3 avril 2009, l’avocate et activiste des droits de l’homme, Lucille Mazangue de l’Association des Femmes Juristes en République centrafricaine (RCA) a publié un éditorial dans le quotidien burkinabé “Le Pays”. Dans cet article, elle appelle les Etats africains à raviver leur soutien de longue date à la justice internationale.

“[L]es affirmations selon lesquelles la Cour prend injustement pour cible les dirigeants africains atteignent un paroxysme. Mais les critiques ignorent les faits et rendent un mauvais service aux victimes des crimes haineux. [...] Insinuer qu’une enquête de la Cour pénale internationale est anti-africaine negligee un point très important: quand la Cour enquête sur les responsables présumés de crimes graves en Afrique, elle le fait au nom des victimes africaines.

Si les Etats africains développent leur capacité à mener des enquêtes et des poursuites judiciaires actives et efficaces sur les crimes, il y aura moins d’affaires d’Afrique qui parviendront à la Cour. [...]

La portée de la garantie de justice pour certaines victimes ne devrait pas être rejetée parce qu’il n’est pas encore possible d’obtenir justice pour toutes. Les développements récents à l’Union africaine sont plutôt inquiétants. [...]

L’objectif d’une [rencontre des Etats parties africains de la CPI], prévue pour plus tard ce printemps [à Addis Abeba sous les auspices de l'Union africaine], n’apparaîtrait comme rien d’autre que qu’une stimulation de l’hostilité envers la Cour qui pourrait être utilisée pour l’affaiblir.

Or, c’est juste le contraire de ce que les dirigeants africains devraient faire. Les victimes comptent sur eux - en particulier ceux des Etats africains parties à la CPI - pour s’exprimer fortement et ouvertement sur l’importance de la Cour en tant que moyen de mettre un terme aux violence strop répandues contre les peuples africains. Il est particulièrement important que le Burkina Faso et l’Ouganda, qui sont membres de la CPI et qui siègent actuellement au Conseil de sécurité des Nations unies, adoptent un rôle positif de leadership.

Au lieu d’essayer d’affaiblir la Cour, [les trente Etats parties africains à la CPI] devraient fièrement soutenir sa mission, construisant sa force au point que les nations qui sont en dehors se trouvent pressées à adhérer.

Les Etats africains sont restés bien trop silencieux dans le débat public. La question est la suivante: nos dirigeants continueront-ils à laisser la Cour essuyer des défaites ou bien vont-ils finir par défendre la justice beaucoup plus clairement et fermement? Permettre que les efforts pour garantir la justice soient dénigrés présente des risques graves pour les victimes et les citoyens ordinaires de toute l’Afrique. La rencontre attendue des Etats parties à la CPI à Addis Abeba est un moment important pour renverser la tendance négative. Les peuples d’Afrique comptent sur les dirigeants pour être de leur côté, et du côté de la justice.

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14 avril 2009

L’Union africaine, le Darfour et la Question de la Justice

Par Sarah Jane Fowler

Sarah Jane Fowler est stagiaire à la section Moyen-Orient et Afrique du Nord de la Coalition


Le 14 avril, Dismas Nkunda, le co-directeur d’International Refugee Rights Initiative basée à Kampala s’est exprimé à New York concernant la situation humanitaire au Soudan et au Tchad suite au mandat d’arrêt du 4 mars 2009 émis par la CPI à l’encontre d’Omar Hassan Ahmad El-Béchir, le Président du Soudan.

Nkunda a parlé du fait que les organisations de la société civile soudanaises et les activistes continuent d’être ciblées, obligeant certaines organisations aussi vénérables que le Centre de Khartoum à se retrouver au bord de la fermeture.
En réponse aux rapports indiquant que les États africains parties à la CPI pourraient envisager de se retirer de la Cour en début juin, Nkunda a averti que de telles actions marqueraient « le début de la fin de la CPI ».

Nkunda a affirmé qu’un des opposants les plus influents au mandat d’arrêt contre El-Béchir à surveiller est Jean Ping, un diplomate gabonais et le Président de la Commission de l’Union africaine. Il a également insisté sur l’importance de cibler l’Afrique du Sud, la Libye, le Nigeria, l’Algérie et l’Égypte - qui ont le plus d’influence et qui représentent presque 75 % de tout le financement de l’UA. Il a enfin identifié le Conseil de paix et de sécurité de l’UA, la Ligue arabe et l’Organisation de la Conférence islamique en tant qu’importants organes régionaux qui doivent se ranger du côté de la justice. Le Nigeria, la Libye, le Ghana, le Botswana et la Zambie devraient aussi être également ciblés afin d’obtenir leur soutien.

L’UA veut, semble t-il, garder El-Béchir, Kushayb et Haroun et même les rebelles de leur côté afin de se concentrer sur l’accord de paix global. Plus il y aura de pression sur le gouvernement soudanais moins il y aura de place pour manœuvrer et déplacer l’accord de paix global et le processus politique du même coup. Nkunda a noté que le soutien des rebelles en faveur du mandat d’arrêt est probable puisqu’il représente un mécanisme permettant de rendre illégitime l’autorité du Président.

Nkunda a mis fin à ses remarques sur une note qui donne à réfléchir, mentionnant que les ressources visant à sensibiliser au mandat de la Cour sont limitées par les réalités quotidiennes présentes sur le terrain et les inquiétudes légitimes des gens pour leur propre sécurité au Soudan.

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3 avril 2009

Femme, Lève-toi et Marche

Par In Situ

Révérence Sœur Sophie KITOGA qui est la Présidente du Conseil d’administration de l’ONG Femme, lève-toi et marche (FELEMA) base à Bukavu avait récemment accorde un entretien par courrier électronique au Secrétariat de la Coalition pour la Cour Pénale Internationale au sujet du déroulement du procès Lubanaga. Ce qui suit fait partie de cette conversation.

Le procès Thomas LUBANGA est très important pour la population de notre pays car on voit que ce qui est écrit dans notre constitution à propos de la lutte contre l’impunité commence à trouver des réponses. Le procès est aussi très important pour notre association « FEMME, LEVE-TOI ET MARCHE » en sigle FELEMA car les victimes de viols en question sont des femmes. Le but est d’aider les femmes violées à sortir du traumatisme psychologique et de la léthargie dans lesquels ce fléau les a plongées. Beaucoup de femmes ont été mutilées physiquement (mutilation de leur sexe, il en résulte des fistules !) D’autres ont eu des seins coupés, des blessures sur les cuisses, les fesses, le dos et le ventre. D’autres ont encore été traumatisées psychologiquement du fait d’avoir été violées à répétition en présence de leurs maris ou de leurs enfants. Il en résulte un sentiment de honte et d’humiliation. Certaines sont insultées par leurs maris ou leurs enfants qui prétendent que ces malheureuses ont consenti au viol. La conséquence est que ces femmes sont découragées et vont même jusqu’à vouloir se suicider. Le mépris qu’elles subissent les portent à ne plus vouloir paraître devant la société et ne plus vouloir participer à aucune activité d’ordre social ou économique.

En plus, des enfants ont pu naître de ces méfaits, ce sont des victimes innocents, mais qui ne sont pas acceptés ni par le mari, ni par leurs demi-frères et sœurs, ni par la société. On les surnomment : enfants Hutu ou Hutu. C’est parfois difficile pour la femme de les accepter.

Toutes ces personnes nommées portent des marques de ces méfaits reprochés à Lubanga. Si par malheur Lubanga était acquitté, où est la justice? L’impunité dont souffre notre pays continuera et les victimes seront de plus en plus nombreuses.

L’importance à ce procès pour la population :

Personnellement, je ne connais pas Lubanga et probablement beaucoup de congolais non plus. Mais nous avons entendu parler de ses méfaits comme ceux de ses soldats - tous ici au Congo attendent que justice se fasse - beaucoup de personnes sont mortes - des familles ont été obligées de quitter leurs propriétés, leurs champs, leurs commerces. Ainsi la pauvreté et la misère se sont abattues sur des régions. La condamnation éventuelle de Lubanga pourrait apporter un soulagement et s’il y avait indemnisation de ces gens ils pourront revenir à leurs activités, d’autre part, les femmes seraient rassurées et auraient espoir dans la vie.

En ce qui concerne la violence, je ne sais pas si l’échéance de la condamnation de Lubanga pourrait leur faire récupérer leurs biens, mais il y aurait un sentiment de confiance dans le pouvoir et l’amour du pays pour ses gens- des victimes se sentiront vengées et le sens patriotique y gagnerait.

Pour les femmes : en plus du sentiment de sécurité, du sentiment qu’en plus il y a retour de la justice, la femme se sentirait revalorisée et réhabilitée.

Les attentes en termes de sensibilisation pour la cour suprême de notre région :

Le procès donnera courage à la cour de parler ouvertement des problèmes de viol - à combattre pour la justice - à vaincre la peur et la fausse honte - c’est à cause de ces deux sentiments que le viol continue - On a peur car on a subi des menaces - La fausse honte force les gens à se taire et à ne pas dénoncer les viols. Ce procès encouragera le pays et sa justice à formuler des lois contre toutes sortes des violences commises contre les petits, les femmes et les enfants.

Le rôle des victimes dans les procès :

Je ne sais pas si beaucoup de personnes victimes auront la possibilité de venir témoigner car ce sont des témoins oculaires et sensibles des méfaits. Beaucoup auront peur des représailles. Il faudra aussi que les victimes se mettent ensemble pour lutter - Pour cela l’Etat congolais devrait mener des enquêtes lucides pour découvrir les criminels. Les églises devront aussi continuer à dénoncer sans peur ce fléau, car les viols vont contre Dieu qui a voulu que toute personne soit respecté et conserve son intégrité physique.

L’enrôlement des enfants soldats :

Oui, c’est un crime grave car : il prive les enfants de leur droit de grandir sous l’affection de leurs parents. Il les prive aussi de l’éducation normale. Il les blesse psychologiquement et moralement : les enfants ne respectent plus la loi : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, respecte les personnes adultes, les petits enfants, les vieillards, les femmes et les filles.

Les (ex-) enfants soldats ont des blessures morales car ils sont obligés d’apprendre toutes sortes d’agissements immoraux : viols, mensonges, meurtres, langages obscènes. Tout ceci va à l’encontre de la culture humaine et africaine. Pour les victimes, que Lubanga soit jugé ce serait une étape marquante dans la lutte contre l’impunité. Autrement, tous les méfaits perpétrés par cet homme continueront. La dimension symbolique en cette matière est que ce sera une leçon. Quiconque voudra ou sera tentée d’agir comme cet homme y réfléchira avant. Et ceux qui leur donnent des armes devront aussi être dénoncés car ils portent une lourde responsabilité dans les guerres en Afrique.

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