Le 3 avril 2009, l’avocate et activiste des droits de l’homme, Lucille Mazangue de l’Association des Femmes Juristes en République centrafricaine (RCA) a publié un éditorial dans le quotidien burkinabé “Le Pays”. Dans cet article, elle appelle les Etats africains à raviver leur soutien de longue date à la justice internationale.
“[L]es affirmations selon lesquelles la Cour prend injustement pour cible les dirigeants africains atteignent un paroxysme. Mais les critiques ignorent les faits et rendent un mauvais service aux victimes des crimes haineux. [...] Insinuer qu’une enquête de la Cour pénale internationale est anti-africaine negligee un point très important: quand la Cour enquête sur les responsables présumés de crimes graves en Afrique, elle le fait au nom des victimes africaines.
Si les Etats africains développent leur capacité à mener des enquêtes et des poursuites judiciaires actives et efficaces sur les crimes, il y aura moins d’affaires d’Afrique qui parviendront à la Cour. [...]
La portée de la garantie de justice pour certaines victimes ne devrait pas être rejetée parce qu’il n’est pas encore possible d’obtenir justice pour toutes. Les développements récents à l’Union africaine sont plutôt inquiétants. [...]
L’objectif d’une [rencontre des Etats parties africains de la CPI], prévue pour plus tard ce printemps [à Addis Abeba sous les auspices de l'Union africaine], n’apparaîtrait comme rien d’autre que qu’une stimulation de l’hostilité envers la Cour qui pourrait être utilisée pour l’affaiblir.
Or, c’est juste le contraire de ce que les dirigeants africains devraient faire. Les victimes comptent sur eux - en particulier ceux des Etats africains parties à la CPI - pour s’exprimer fortement et ouvertement sur l’importance de la Cour en tant que moyen de mettre un terme aux violence strop répandues contre les peuples africains. Il est particulièrement important que le Burkina Faso et l’Ouganda, qui sont membres de la CPI et qui siègent actuellement au Conseil de sécurité des Nations unies, adoptent un rôle positif de leadership.
Au lieu d’essayer d’affaiblir la Cour, [les trente Etats parties africains à la CPI] devraient fièrement soutenir sa mission, construisant sa force au point que les nations qui sont en dehors se trouvent pressées à adhérer.
Les Etats africains sont restés bien trop silencieux dans le débat public. La question est la suivante: nos dirigeants continueront-ils à laisser la Cour essuyer des défaites ou bien vont-ils finir par défendre la justice beaucoup plus clairement et fermement? Permettre que les efforts pour garantir la justice soient dénigrés présente des risques graves pour les victimes et les citoyens ordinaires de toute l’Afrique. La rencontre attendue des Etats parties à la CPI à Addis Abeba est un moment important pour renverser la tendance négative. Les peuples d’Afrique comptent sur les dirigeants pour être de leur côté, et du côté de la justice.


















