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20 avril 2010

La CPI et les Caraïbes

Par Judge Patrick Robinson

* Extraits d’un éditorial publié dans le Jamaica Gleaner le 11 avril 2010 à l’adresse : http://www.jamaica-gleaner.com/gleaner/20100411/focus/focus5.html

Un aspect intéressant de l’histoire du Statut de la Cour pénale internationale (CPI) est le fait que, bien que l’idée d’une cour criminelle internationale ait été proposée dès la fin de la Première Guerre mondiale, la genèse moderne de ce tribunal remonte à une proposition faite par Trinité-et-Tobago à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1989. […] Lorsque la question fut abordée en 1989 par Trinité-et-Tobago, la réaction de la Sixième Commission et de l’Assemblée générale fut mitigée. Mais lorsque, en 1991, le conflit en Yougoslavie éclata, les Européens se rallièrent à la cause et appelèrent à la création d’une cour criminelle internationale. [...]

Le Statut de la CPI, adopté en 1998, a désormais été ratifié par 110 États. Dans les Caraïbes il a été ratifié par Trinité-et-Tobago, Antigua-et-Barbuda, la Barbade, Belize, la Dominique, la Guyane, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et le Suriname. En 1998, j’ai signé l’Acte final au nom de la Jamaïque et en 2000, la Jamaïque a signé le Statut, que, à l’instar des Bahamas, de la Grenade et Sainte-Lucie, elle n’a toujours pas ratifié.

Je propose aux États caribéens trois bonnes raisons de ratifier le Statut de la CPI.

Tout d’abord, le principal objectif de la Cour est de garantir que les graves violations du droit pénal international et du droit humanitaire international ne restent pas impunies. En raison de notre histoire, celle des Caraïbes, nous connaissons bien l’impunité dans des cas d’atrocités qui seraient aujourd’hui qualifiés de crimes contre l’humanité. Le souvenir du caractère inhumain et dégradant de l’esclavage, pratiqué dans les Antilles pendant deux cents ans, devrait inciter tous les pays des Caraïbes à soutenir une institution dont la fonction primaire est de mettre fin à l’impunité pour les crimes les plus graves qui soient.

Deuxièmement, la pierre angulaire du Statut de la Cour est la protection des droits de l’homme internationaux, notamment la protection des droits de l’accusé. Les pays caribéens, depuis toujours en première ligne de la lutte pour les droits de l’homme, ont une longue histoire dans le domaine des droits de l’homme. Nous ne sommes pas tombés de la dernière pluie en matière de défense des droits de l’homme. La Jamaïque a été l’un des premiers pays, si ce n’est le premier pays, à adopter une loi imposant des sanctions commerciales à l’Afrique du Sud de l’apartheid.

[...] Les constitutions caribéennes inspirées du système de Westminster protègent les droits de l’homme fondamentaux, notamment les droits de l’accusé. De façon générale, les Caraïbes peuvent être fière du système de démocratie parlementaire qu’elles appliquent depuis cinquante ans. De plus, les pays des Caraïbes, qui se sont battus pour leur indépendance et accordent de l’importance à leur souveraineté, n’ont pas de raison de craindre la CPI.

La plus importante concession que la CPI ait faite à la communauté internationale est le principe de complémentarité, principe prévu par le Statut. La Cour n’exerce sa compétence que lorsqu’un État manque de volonté ou est dans l’incapacité de le faire. Ainsi, nous pouvons continuer à juger les crimes les plus graves qui soient dans notre propre pays. Mais en rejoignant la CPI, nous seront plus impliqués dans la communauté juridique et diplomatique et nous travaillerons avec les autres États pour poursuivre les responsables des crimes les plus graves qui soient dans les pays où l’état de droit n’existe pas et où des chefs dévoyés violent les droits de l’homme de manière effrontée. Il fut un temps où les pays caribéens étaient le théâtre des violations des droits de l’homme les plus horrifiantes dont l’humanité ait eu à connaître et il relève donc de notre responsabilité historique et morale de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que les chapitres les plus sombres de l’histoire humaine ne se répètent pas sur d’autres côtes et sur d’autres terres. […] »

Patrick Robinson est l’actuel Président du Tribunal pénal international de l’ONU pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

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6 avril 2010

La CPI ouvre une enquête au Kenya

Par ICJ-Kenya

La section kényane de la Commission internationale des juristes se félicite de la décision de la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale d’autoriser une enquête sur les crimes contre l’humanité qui auraient été commis pendant les violences postélectorales de décembre 2007 à janvier 2008 au Kenya. La décision constitue un nouveau départ pour garantir que les responsables des violences postélectorales répondent de leurs actes et pour la lutte contre l’impunité.

“ICJ Kenya prévient toutefois que ce n’est que le début. C’est à cette étape que les véritables défis d’obtention de justice pour les victimes de crimes internationaux apparaissent. Nous appelons le pays à être prêt à relever ces défis.

Nous appelons tous les acteurs impliqués à soutenir la Cour dans sa quête de justice et de responsabilité en coopérant activement avec la CPI dans la phase d’enquête et d’éventuelles poursuites. Le droit national, à travers la loi sur les crimes internationaux, exige que l’État assiste la Cour pour l’ensemble de ses enquêtes.

La décision de la Chambre préliminaire réaffirme que la CPI agit sur le principe de la complémentarité, ce qui signifie que les États, y compris le Kenya, ont la responsabilité première d’enquêter et de poursuivre les crimes relevant du Statut de Rome. Cela signifie également que le gouvernement kenyan a toujours un rôle essentiel à jouer et ne devrait pas considérer la décision comme une excuse pour ne pas remplir ses obligations découlant du Statut.

De plus, cette décision met en lumière la question de la protection des témoins qui n’a pas été suffisamment abordée dans la loi existante et les mécanismes disponibles. La décision d’hier appelle à ce que le gouvernement mette en place en priorité des mesures de protection pour les victimes et témoins.


Enfin, le procureur de la CPI a envisage une stratégie à trois piliers pour traiter de la question de l’impunité au Kenya :

- La poursuite par la CPI de ceux qui portent la plus grande responsabilité
- Un tribunal spécial pour le Kenya pour juger les autres auteurs des crimes commis dans le cadre des violences postélectorales
- Un processus crédible de justice, vérité et réconciliation pour aborder les injustices historiques qui ont contribué à déclencher les violences.

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