Après que des allégations de faute professionnelle sont ressorties contre certains candidats au poste de procureur en 2020, l'absence de mécanisme de signalement et de processus de filtrage des plaintes a entraîné la circulation de rumeurs sur les réseaux sociaux et les médias. La Coalition a sensibilisé à la nécessité d'adopter un processus de vérification permanent pour les élections de la CPI.
Le Comité pour l'élection du procureur (CEP) et un groupe d'experts ont tous deux ont reconnu les lacunes du processus de filtrage limité mené dans le cadre de l'élection du procureur. Le CEP a rapporté que :
« Les futurs processus de sélection - pour tous les fonctionnaires élus, et pas seulement pour le procureur - devraient inclure un processus clair pour déterminer la qualification de 'haute moralité' des candidats. »
Le groupe d'experts a également recommandé la mise en place d'un mécanisme spécifique pour recevoir et évaluer les plaintes concernant les candidats aux futures élections du procureur et des procureurs adjoints. Ils ont souligné la nécessité d’un tel mécanisme de garantir l'anonymat des plaignants et d'inclure des protections adéquates pour les dénonciateurs, en soulignant que :
« si l'on considère que le monde relativement restreint de la justice pénale internationale constitue un obstacle pour les personnes qui dénoncent un harcèlement, la confidentialité des victimes potentielles doit être un pilier essentiel de tout processus développé. »
Les États parties de la CPI ont finalement convenu, lors de la 22ème session de l'Assemblée des États parties en décembre 2021, « d'adopter un processus de vérification (vetting) permanent pour tous les fonctionnaires élus de la CPI d'ici à la 22e session de l'Assemblée en décembre 2023 ». L'AEP a également lancé un exercice sur les enseignements tirés et a publié en octobre 2022 un rapport sur les enseignements tirés de la troisième élection du procureur, qui a confirmé qu'une « grande majorité des États parties considéraient que le vérification (vetting) était au cœur du processus d'élection, et estimaient qu'il devait y avoir des règles claires, couvertes dans le mandat, dès le départ. »
S'appuyant sur ces avancées, l'équipe de la CCPI sur les Elections a appellé les États parties à convenir, lors de la 21ème session de l'Assemblée en décembre 2022, des prochaines étapes pour développer le processus de vérification (vetting). Voir ici le document de l'équipe électorale de la Coalition de novembre 2022, "Recommandations aux États parties concernant le développement d'un processus de vérification permanente pour toutes les élections de la CPI et de l'AEP".
Afin d'éclairer les discussions et de galvaniser le consensus autour de l'importance de la vérification des dirigeants de la CPI et de l'AEP afin de créer un environnement de travail sûr à la Cour lors de la 21ème session de l'AEP, la Coalition, en collaboration avec Human Rights Watch et Global Justice Centre a organisé un événement parallèle co-organisé par l'Autriche, la Colombie et la Serbie, intitulé "Vetting for all ICC elections - the essential elements unpacked" pour discuter des prochaines étapes du développement du processus et explorer les éléments essentiels nécessaires à un bon processus de vérification. Parmi les panélistes figuraient les Ambassadeurs Ksenija Milenković de Serbie et Alexander Marschik d'Autriche, facilitateurs de l'exercice Lessons-Learnt (leçons apprises), Priya Gopalan, Avocate pénale internationale et spécialiste du genre, Géraldine Danhoui, Présidente du Conseil du Syndicat du personnel de la CPI, Saklaine Hedaraly, Chef du Mécanisme de contrôle indépendant de la CPI (IOM) et Ekaterina Tomashchuk, directrice générale du groupe Mintz.
Lors de la 21ème session de l'AEP, l'Assemblée a décidé de poursuivre les consultations avec les États, la Cour et la société civile en vue de l'élaboration d'un processus de vérification pour tous les fonctionnaires élus de la CPI, en vue d'adopter le processus de vérification au plus tard lors de la 22ème session de l'AEP en décembre 2023.
Le 5 avril 2023, la présidente de l’AEP, Silvia Fernández de Gurmendi, a élaboré un projet initial de termes de référence pour la procédure permanente de vérification de la CPI, actuellement examiné dans le cadre de consultations avec les États parties et la société civile. En juin 2023, le Bureau de l’AEP a nommé Nicolás E. Ortiz Marín (Équateur) et José Juan Hernández Chávez (Chili) cofacilitateurs pour l’établissement d’une procédure de diligence raisonnable applicable aux responsables élus. Les cofacilitateurs mènent des consultations avec les États parties, les États non parties, la Cour et les ONG, et prévoient de soumettre un projet de rapport à l’automne pour examen par les États parties.
Également en juin 2023, l’Équipe Élections de la CICC a publié un document de position contenant des recommandations visant à renforcer le projet de termes de référence préparé par la direction de l’AEP pour la procédure permanente de vérification. Le projet initial offrait un cadre solide qui, selon nous, pouvait encore être renforcé et développé grâce à l’ajout d’éléments et de précisions supplémentaires.
La Coalition a constamment plaidé en faveur d’un processus sûr, transparent et complet, spécifiquement conçu pour évaluer efficacement si les candidats possèdent la haute moralité requise.
Lors de sa 22ème session en décembre 2023, les États parties ont établi une procédure permanente de diligence raisonnable pour les responsables élus par le biais de la Résolution ICC-ASP/22/Res.3 (paragraphe 81). Cette décision a marqué une étape historique : il s’agit du premier mécanisme permanent de diligence raisonnable de ce type au sein d’une organisation internationale. Sa création reflète des années de plaidoyer soutenu de la société civile ainsi qu’une étroite coopération entre la Présidence de l’AEP, le personnel de la Cour, les États parties et les organisations de la société civile, unis dans leur engagement à renforcer l’intégrité, la crédibilité et la légitimité de la Cour.


